Dr Labbas SBAI, le combat d’un juste, pour une bonne gouvernance au sud du Maroc

Surprise et confusion !

Suite à une mobilisation nationale et internationale intense, notamment l’intervention d’Amnesty internationale, le Dr. Labbas Sbai a été libéré le 10 mars 2006 de la prison de Ouarzazate. Les conditions de cette libération n’ont cependant pas été claires, car le Dr. Labbas Sbai voulait un vrai procès de la corruption de la justice à Zagora, la source du problème, et il a refusé naturellement de signer la demande de grâce, arguant le fait que si on fait taire son cas on ne règle pas le problème, très actuel, de la corruption du Procureur à Zagora qui aux yeux de toute la population personnifie le paroxysme de ce fléau dans cette région et peut être dans tout le pays.

Une injustice tenace!

Cette libération était un répit trompe-l’œil : Il sera arrêté de nouveau le 10 juin 2010, à Casablanca pour purger un solde de peine, vieux de 4 ans et demi. L’injustice est intraitable pour faire taire une voix trop gênante !

Doit-on faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, ou de celui qui les dénonce?

Doit-on faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, ou de celui qui les dénonce?

La réponse paraît simple quand on sait les attentes de la population pour une bonne gouvernance politique, administrative et judiciaire..

Cependant ce qui vient de se passer au tribunal de Zagora le vendredi 3 février montre, si besoin est, qu’il y a un long chemin à faire encore, en dépit des bonnes volontés. Revenons aux faits :

Acte 1: le 2 février, l’arrestation

Le Docteur Labbas Sbai, originaire de M’hamid et ayant la double nationalité Marocaine et Suisse, a été arrêté le jeudi 2 février sur ordre du Procureur du Roi, Monsieur LAZHARI Abdelaziz, écroué et présenté au tribunal le vendredi à 15 :00, jugé d’une manière expéditive, sans aucune préparation de sa défense ni accès au dossier. En mois d’une heure il a été reconnu coupable d’outrage à magistrat, de provoquer le désordre dans un lieu public, etc., et condamné à 6 mois de prison ferme, applicable de suite. Transféré, avec des moyens dignes de la maîtrise d’un criminel, menotté et escorté avec plusieurs voitures de police à Ouarzazate (166 Kms). Il a décidé de faire la grève de la faim, et maintenu ses accusations de corruption et de comportement mafieux de 3 hauts responsables qui peuvent être étayées par des preuves le cas échéant. On ne lui a laissé aucune possibilité de développer ses arguments et la sentence est tombée pour faire taire cette voix très gênante. On croît revenir à des scénarios dignes des années de plomb, dans le Maroc de 2006.

Selon les dernières nouvelles, son état physique actuel est très critique. Car, outre la grève de la faim, qui est de sa propre volonté, il a subit en prison un dérangement psychique permanent pour le faire craquer.

Actuellement, des démarches sont entreprises auprès des autorités suisses, puisque Le Dr. Labbas Sbai est citoyen suisse, mariée à une suissesse et père de deux enfants, pour saisir les autorités marocaines au plus haut niveau sur ce cas d’une atteinte grave aux droits de l’homme.

D’autre part le Dr. Labbas Sbai est fils d’un grand résistant feu El Hdj Mohamed-Cheick Sbai, compagnon de libération de feu Sa Majesté Mohamed V dans le sud (voir les documents de la visite historique du Père de l’indépendance à M’hamid El Ghozlane le 25 février 1958).

Vu la gravité de la situation on souhaite la libération du Dr. Labbas Sbai immédiatement et un appel de son procès, afin qu’on juge peut être la corruption et non celui qui la dénonce.

Veuillez recevoir nos respectueuses salutations

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai, le 6 février 2006

 

Acte 2: La presse s’empare de l’Affaire du Dr Labbas Sbai 

Par Abdellatif El Azizi, Tel Quel 11-17 février 2006

A M’hamid Lghizlane, Labbas Sbaï, médecin et hôtelier, a eu l’outrecuidance de dénoncer les autorités qui tolèrent, dans un silence complice, le trafic de chameaux, cigarettes et haschich dans cette zone-frontière entre le Maroc et l’Algérie. Son “J’accuse” lui a coûté six mois de prison.

“Dieu est grand, il rendra justice au docteur” ! Tout Mhamid est sous le choc. L’arrestation du Docteur Labbas Sbaï a mis en émoi la petite bourgade de M’hamid Lghizlane Le chirurgien à la double nationalité, marocaine et suisse, a été arrêté le jeudi 2 février, sur ordre du
procureur du roi à Zagora. Il a été présenté au tribunal et jugé au cours d’un procès expéditif, le lendemain, avant d’être conduit à la prison de Ouarzazate, menotté et escorté par plusieurs voitures de gendarmes, reconnu coupable d’outrage à magistrat, de désordre dans un lieu public et condamné à six mois de prison ferme, applicables de suite. Un jugement en appel devrait être prononcé incessamment à Ouarzazate alors que l’avocat attend toujours le transfert du dossier de son client pour pouvoir au moins lui rendre visite en prison !

Le “J’accuse” du médecin
“Je sentais venir la machination depuis le 23 janvier 2006, date à laquelle je me suis présenté devant le procureur pour assister au procès d’un de mes employés, accusé par le caïd de M’hamid d’avoir tué un âne”, raconte le médecin. L’accusation avait d’abord été portée contre lui, avant que les autorités ne fassent marche arrière pour faire endosser à l’un de ses ouvriers la responsabilité du “meurtre”. Que lui reproche-t-on cette fois-ci ? Officiellement, un comportement injurieux à l’égard des magistrats. En prison, il décide de faire la grève de la faim. “Je maintiens mes accusations de corruption et de comportement mafieux de trois hauts responsables autoritaires de la région”, s’indigne-t-il. Officieusement, les autorités lui en veulent d’avoir mis à nu leurs supposés liens avec les trafiquants de contrebande en tout genre transitant par la frontière maroco-algérienne. Du côté du tribunal de Zagora, l’omerta est de mise. Les gens ont peur de parler de ce qu’ils appellent “une sale affaire”.

Le médecin, qui a abandonné une carrière prestigieuse de chirurgien en Suisse pour monter et développer une structure hôtelière dans sa région natale, est donc coupable d’avoir proféré un “J’accuse” tonitruant. Il en veut aux autorités locales de laisser faire. En fait, son inimitié avec le caïd et le procureur remonte plus précisément à près de trois ans, lorsque l’étendue du trafic commence à lui faire du tort. En effet, d’après le témoignage d’un agent des forces auxiliaires, “depuis plus de trois ans, une bande de nomades surgie d’on ne sait où, s’est installée aux alentours du bivouac du docteur, situé à 50 km de M’hamid, à quelques kilomètres à peine de la frontière algérienne. Ces nomades harcèlent les touristes qui descendent là-bas et ont agressé physiquement à plusieurs reprises le personnel du campement”.

“Notre oasis étant située non loin de la frontière algérienne, c’est hélas un passage important pour tout le trafic de contrebande (cigarettes, dromadaires, haschich …). Sbaï était dernièrement très inquiet de la situation, et craignait entre autres pour la sécurité des touristes et de nos clients”, précise son associée suisse, Laurence Humbert- Bajracharya. Quelle est la réalité de ces accusations ?

L’origine de la contrebande
Pour comprendre et décrire le phénomène des trafics en tout genre que connaît la région, il faut revenir aux années difficiles. Avec les sécheresses successives, les affaires n’ont pas été particulièrement bonnes pour les fellahs et de nombreux individus, parias des tribus voisines, se sont reconvertis dans le trafic. Pour Jamal Agkbib, le président de l’Association des amis de Zagora, l’essor de la contrebande est une conséquence directe de la misère noire qui sévit dans la région. “La sécheresse a poussé les gens à chercher des moyens pour survivre, les moins scrupuleux ont pris le parti de s’investir dans la contrebande”.
Sauf qu’aujourd’hui et de l’avis de nombreux fonctionnaires, le phénomène est en train de dépasser le cadre régional : le trafic de cigarettes, le vol de chameaux et le haschich qui, lui, traverse en sens inverse la frontière vers l’Algérie, brassent des sommes d’argent trop importantes pour les ambitions des nomades qui se contentent souvent de peu. “Les véhicules tout terrain dernier cri, les grosses motos et les téléphones cellulaires que l’on saisit souvent sur les contrebandiers, prouvent que cette région est en train de devenir une véritable base-arrière pour des mafias bien organisées”, rappelle un gendarme qui a quitté la région. Il semble que le trafic limité au vol des chameaux et piloté au départ par quelques tribus locales, un pied au Maroc et l’autre en Algérie, est en train de devenir totalement incontrôlable. Quant aux paysans, le vol répété de leurs chameaux les met dans une situation intolérable.

Un malaise social s’installe
Assis sur sa natte devant une maison en pisé qui sent le renfermé, Haj Ali soupire à l’évocation de ses chameaux. Il confie, dans le frémissement des feuilles de palmiers, qu’il a dû à plusieurs reprises se mobiliser, malgré son âge, pour battre campagne et retrouver la trace de ses bêtes, volées à trois reprises par des bandits de la région. “Le comble, c’est que, non seulement j’ai réussi à reprendre mes chameaux qui ont été acheminés vers Ouarzazate pour y être vendus mais j’ai aussi communiqué aux gendarmes les noms des auteurs du vol. Figurez vous qu’ils sont passés devant le tribunal de Zagora et s’en sont sortis avec deux mois de prison avec sursis chacun !”. Un autre propriétaire, terrorisé à l’idée de parler à un journaliste, préfère raconter le quotidien des gens du coin, des paysans dépossédés de leurs maigres ressources et obligés de vivre dans ce bled plutôt que d’émigrer vers Smara comme tous les autres. Aujourd’hui, pour défendre leurs chameaux et parfois même leur vie, les paysans se sentent pris entre deux feux, la férocité, les moyens énormes des contrebandiers et le silence complice des autorités quand ce n’est pas carrément les menaces du caïd du coin. “M’hamid est en train de devenir un vrai Far West”, commente un instituteur qui n’en revient pas de voir une région aussi belle et des gens aussi pacifiques en proie à cette insécurité ambiante.

Pour sa part, le docteur Sbaï qui croupit derrière les barreaux de la prison de Ouarzazate pense avoir rempli son devoir d’honnête citoyen en insistant auprès des autorités pour qu’elles interviennent au nom de la justice, avant que la situation ne devienne incontrôlable. Il les a suppliées même, leur a dit combien leur silence est louche. Mais il est des secrets qu’il n’est pas bon d’avoir surpris. “Au lieu de faire le procès de la corruption, et donc des corrompus, on a préféré faire le procès de celui qui les dénonce” s’indigne son frère Ali, un physicien de renommée internationale travaillant à Genève pour le compte de l’ONU.

En attendant, les habitants de M’hamid qui ont vaillamment et spontanément repoussé les attaques des mercenaires du Polisario en 1980 livrent à mains nues leur dernière bataille contre la mafia des chameaux. On murmure que les uniformes de tout poil qui quadrillent la région se remplissent les poches d’une façon éhontée en prélevant une dîme au passage. Encore faudrait-il pouvoir le prouver !

Trafic. Frontières-fantômes

C’est à une trentaine de kilomètres de M’hamid, qui fut au XVIème siècle le point de ralliement avec Tombouctou, que se dressent les limites frontalières invisibles entre l’Algérie et le Maroc, invisibles parce que les maigres effectifs des soldats qui squattent des postes frontières espacés de plusieurs dizaines de kilomètres ne peuvent rien contrôler. La frontière est une véritable passoire et on y croise souvent des nomades et des chameliers qui vont et viennent des deux côtés avec une facilité déconcertante. Quand le climat politique entre le Maroc et l’Algérie n’est pas au beau fixe, les chameliers s’abstiennent de franchir les dunes de sable mais leurs chameaux, eux, ne s’en privent guère. “Quand la sécheresse est trop forte, on lâche les chameaux qui, guidés par l’instinct de survie, n’hésitent pas à passer de l’autre côté, à la recherche de la moindre végétation” commente un chamelier de la région qui ajoute qu’une fois rassasiés, les bêtes font le retour en chemin inverse, ce qui n’empêche pas les Rguibat de l’autre côté de la frontière de faire de même avec leurs bêtes.

Source: Telquel, 11 février 2006

 

Acte 3: le 14 février 2006. Les réactions: Me Rainer Weibel, Amnesty International Suisse

From: rainer.weibel [rainer.weibel@bluewin.ch]
Sent: Tuesday, February 14, 2006 12:31 PM
To: webmaster@justice.gov.ma
Cc: info@iriqui.com
Subject: Dr. Labbas Sbai, originaire marocain et suisse, victime d’une procédure politique à Ouarzazade, Séance 2ème Instance: mercredi 15 février 2006

Monsieur le Ministre de la Justice,

Je m’adresse urgemment à votre autorité en tant qu’avocat suisse du barreau bernois et membre d’Amnnesty International.

Je vous prie, de transmettre une copie de la présente lettre aussi à la Cour pénale suprême du Maroc.

Le Docteur Labbas Sbai, originaire de M’hamid et ayant la double nationalité Marocaine et Suisse, a été arrêté le jeudi 2 février 2006 sur ordre du Procureur du Roi, Monsieur LAZHARI Abdelaziz, écroué et présenté au tribunal le vendredi, 3 février 2006 à 15 :00, jugé d’une manière expéditive, sans aucune préparation de sa défense ni accès au dossier. Il est actuellement détenu dans la prison de Ouarzazate, et ceci dans des conditions éprouvantes, victime de menaces et d’intimidation.

Depuis son emprisonnement, M. Labbas Sbaï observe une grève de la faim, et son état de santé physique et psychique est critique.

Il est actuellement en attente du jugement de 2e instance, mais son dossier n’est toujours pas parvenu  du Tribunal de Zagora (lieu du jugement et du verdict de 1ère instance) au Tribunal de Ouarzazate (2e instance)…ce qui ralentit considérablement les choses…Durant ce temps, M. Labbas Sbaï demeure emprisonné, les visites étant refusées.

Nous sommes ulcérés d’apprendre que Monsieur Labbas Sbai ait été arrêté et jugé si rapidement et si arbitrairement, sans pouvoir faire valoir ses droits et sans pouvoir se défendre. Nous attendons qu’il soit libéré au plus vite ou jugé en appel.

J’ai connu Monsieur Labbas – ensemble avec ma compagne, Mme. Laurence Terrin, cosignataire de la présente lettre – lors de  notre voyage de nouvel an 2004-2005. Nous avons eu l’occasion d’avoir une longue discussion avec lui. Il nous a expliqué pendant des heures son projet de sauver l’oasis de Iriqui où nous avons séjourné et de permettre à cette région de maintenir un endroit où l’eau continue de couler et où la végétation peut puiser l’eau pour pousser à souhait, malgré l’état de sécheresse. Sécheresse qui était déjà présente au moment où nous sommes allés à l’oasis. On y a vu des légumes pousser et des arbres prospérer. Cet endroit a été rénové avec respect. C’est un endroit où nous avons été très bien accueillis par les employés de M. Labbas Sbai.

Nous trouvons scandaleux et inhumain que Labbas Sbai doive faire une grève de la faim pour avoir l’espoir d’être entendu. Nous nous faisons du souci pour sa santé. C’est un homme qui a l’intelligence et le courage de ne pas se taire devant les injustices et la corruption, on lui doit le respect pour cela. De plus, par son projet touristique respectueux de l’environnement, il peut être un pionnier dans les aménagements touristiques alternatifs, profitables à long terme pour la région. Il permet aussi à des marocains et marocaines de gagner un salaire et ainsi à la région de prospérer.

Son désir de revenir dans sa région natale après avoir vécu plus richement dans notre pays devrait être compris comme un enrichissement pour la région et non comme un fléau qu’on doit abattre.

Nous sommes surpris également de constater pareille injustice, alors que le nouveau roi fait tout pour présenter en Europe, les améliorations démocratiques de son pays et ses efforts pour lutter contre la corruption et le commerce illégal, est-ce tout de la poudre aux yeux, nous sommes tentés de le croire.

En attendant de recevoir la nouvelle d’une libération ou /et  d’un procès des personnes soupçonnées de corruption, nous vous prions de recevoir, Madame, Monsieur, nos salutations.

                                                            Rainer Weibel, avocat, Fürsprecher avocat barrister, Herrengasse 30 CH 3011 BERN

 

Acte 4: 4 ans plus tard, le 10 juin 2010:

Historique du combat du Dr Labbas SBAI pour une bonne gouvernance au Maroc

Genève le 3 août 2010

Communiqué du Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

Bonjour à tous,

Dr Labbas SBAI vient d’être libéré du pavillon carcéral de l’hôpital d’Ouarzazate, après un mois et 22 jours de détention et une grève de la faim entamée depuis le 17 juin !

Quel soulagement. Mais quelles interrogations aussi !

Avant d’analyser à chaud ce qu’on vient de vivre, nos pensées vont à lui pour ce qu’il a subit, pour son courage et sa dignité et enfin, plus important, pour ce qu’il a dénoncé qui, hélas, reste d’actualité avec un procureur à Zagora personnifiant, à outrance, ce que le Maroc, que nous aimons tous, doit éviter. Mieux, doit combattre !

Car tout est parti de là, il y a quatre ans. Pire, ce qui a été dénoncé en 2006 s’est aggravé au fils des mois et le rôle de ce procureur est devenu central de ce qui est convenu d’appeler : une collision avec un phénomène inquiétant de vols de chameaux et trafics en tout genre, dont la drogue. L’Etat doit agir. Il n’a qu’à interroger les victimes dans cette région et mener des enquêtes adéquates et transparentes pour identifier les complaisances, voir les complicités. Dr Labbas SBAI et d’autres ne font qu’appeler au respect et à l’application des principes élémentaires pour combattre ces fléaux qui ravagent le Maroc aujourd’hui.

Merci pour votre soutien et votre écoute.

Comité de soutien pour la libération du Dr. Labbas SBAI

Pour ceux qui ont raté les épisodes de cette affaire, quelques liens à toute fin utile:
http://www.emarrakech.info/Labbas-Sbai-refuse-son-transfert-a-Marrakech_a41570.html
http://m.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice
http://www.bladi.net/labbas-sbai.html

http://oumma.com/Le-docteur-Labbas-Sbai-La-premiere

*Le Procureur Lazhari a été muté à Roumani depuis une année. Il continue à sévir et se servir ! Quelle honte pour la justice dans notre pays

 

 

« On demande au porte parole des victimes de demander des excuses… et aux victimes de se taire ! »… Sauf quand l’affaire prend des proportions internationales…

La morale de cette histoire : les apprentis sorciers, qui ont longtemps cru au triomphe du mensonge, sont rattrapés par les faits !

 

Dans cette histoire, le Procureur Al Azhari, au tribunal de première instance à Zagora, symbolise toutes les dérives de la justice au Maroc :

Corruption, trafic d’influences, protection des trafiquants, abus de pouvoir, … etc. Se sentant intouchable grâce à une relation privilégiée avec un haut responsable à Rabat, il a fait subir à la région de Zagora le plus grand arbitraire au niveau de la justice depuis l’indépendance. Maintenant il est muté à Roumani, près de Rabat. On souhaite qu’avec les nouvelles autorités judiciaires, on le surveillera de près…

 

Chronologie rétroactive : Du 3 août 2010 au 2 février 2006

 

3 août 2010

Epilogue : à 10h, libération du Dr. Labbas Sbai. Délivrance et interrogations !

Article du journal Le Temps, 19 juillet 2010

31.07-3.08 : Boucliers humains (les sœurs) autour du Dr. Labbas Sbai pour empêcher son transfert à la prison ou à Marrakech !

 

31 juillet 2010

Tentative de transférer le prisonnier vers Marrakech

http://www.emarrakech.info/Labbas-Sbai-refuse-son-transfert-a-Marrakech_a41570.html

 

29 juillet 2010

Communiqué officiel d’Amnesty International

http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE29/017/2010/en/ba401c3d-36d2-4666-a2b2-356f5c6ad0ab/mde290172010en.html

 

23 juillet 2010

La visite d’un officiel de l’ambassade de Suisse est refusée par la direction de la prison !

 

19 juillet 2010

La journaliste Valérie De Graffenried écrit un article dans le Journal Le Temps :

« Emprisonné à Ouarzazate, un Suisse crie à l’injustice ». Voir :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4894aa80-92ac-11df-9d68-96ffae1b7a54/Emprisonn%C3%A9_au_Maroc_un_Suisse_crie_%C3%A0_linjustice

 

Le Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE) assure suivre l’affaire de près. L’Ambassadeur Suisse à Rabat confirme qu’une visite au prisonnier d’un officiel de l’Ambassade aura lieu le vendredi 23 juillet 2010.

 

17 juillet 2010

Une responsable d’Amnesty International (AI) à Londres, Samira Bouslama, contacte le Dr. Labbas Sbaï par téléphone. Son frère avait transmis le dossier à AI le 15 juin 2010. Des actions d’AI sont attendues ces prochains jours, notamment des pressions sur la justice marocaine à bien traiter le prisonnier et contribuer à une libération rapide… AI est en contact avec la famille de la victime et son comité de soutien.

 

16 juillet 2010

Dr Labbas Sbaï envoie une lettre à l’Ambassadeur Suisse à Rabat, de l’hôpital où il est admis, sous surveillance, depuis le 8 juillet. Dans cette lettre, il rappelle les faits et souligne les conditions arbitraires de son arrestation et les raisons incohérentes données par les responsables de la justice et avance les vraies raisons ayant mené à le museler ! La collusion des gros trafiquants et des responsables locaux. Le tout pour faire taire une voix qui dérange !

 

15 juillet 2010

Les choses commencent à bouger :

Le journal suisse LeTemps et Amnesty International s’emparent de l’affaire. Ils prennent contact avec les proches et mènent leurs enquêtes. Il semble qu’il s’agit effectivement d’un cas d’opinion qui relève des droits de l’homme. Le fait qu’il est citoyen suisse ajoute une pression supplémentaire !

 

14 juillet 2010

Amnesty International a contacté le frère de la victime, Ali Sbaï, sur la base du dossier envoyé le 15 juin 2010. Selon leurs dires, ce cas relève de leurs priorités dans la région.

 

Toujours le silence inquiétant de l’Ambassade Suisse qui attend un formulaire de la prison pour agir, la direction de la prison tarde à le fournir. Quel cercle vicieux, pendant qu’un prisonnier d’opinion croupisse en prison !

 

8 juillet 2010

Après examen médical, il a été décidé de le maintenir à l’hôpital depuis le 8 juillet. Il poursuit cependant sa grève de la faim, sous contrôle médical heureusement.

 

7 juillet 2010

Vu l’évolution dramatique de l’état de santé du Dr. L. Sbai. C’est seulement hier le 6 juillet qu’on l’a transmis à l’hôpital après plus de 25 jours d’emprisonnement dans des conditions déplorables : le prisonnier d’opinion et militant des droits de l’homme doit partager sa cellule avec une vingtaine de prisonniers de droit commun dans une chaleur de 30 à 40 degrés !!! C’est inadmissible !

 

Samedi 26 juin 2010 :

Les autorités on dépêché des renforts de police et de l’armée à M’hamid pour dissuader les gens de manifester. Ce qui n’a pas impressionné les femmes nomades, admirables de courage et de dignité devant la tente campée devant la Caïdat de M’hamid (Voir photos et vidéo de la manifestation du 26 juin). Sur l’affiche portée par les femmes : Les habitants de M’hamid demandent la libération du Dr Labbas Sbai et non à la justice arbitraire !. Sur la vidéo, on voit une intifada de jeunes investissant l’entrée de la Caïdat (Préfecture) de M’hamid.

 

15 juin – 20 juillet 2010:

Depuis le 15 juin, dans un élan de solidarité sans précédant et d’une manière continue, la population de M’hamid organise un sit-in animé par les jeunes de M’hamid (la plus part des diplômés chômeurs d’une région oubliée !). Des appels à la libération du Dr. L. Sbai et une bonne gouvernance administrative et judiciaire sont réclamés. Ce rassemblement a permis la collecte des doléances de la population de cette région victime du vol de chameaux, des trafics de tout genre, des failles de la justice… Tous pointent du doigt la corruption personnifiée par le procureur, Abdelaziz Lazhari, qui est à l’origine de l’emprisonnement d’un des leurs : le Dr. Labbas Sbai pour avoir dénoncé tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Cette dérive a commencé par les vols de chameaux, alimentant le trafic de drogues et marginalisant les nomades de la Hamada du Drâa !

Actuellement, il est en grève de la faim à la prison de Ouarzazate et sa famille subit une pression énorme pour qu’il signe une demande de grâce au Conseil Supérieur de la Justice qui peut aboutir ou ne pas aboutir. Conscient que cette manœuvre est plus destinée à couvrir un procureur (il bénéficie paraît-il d’un puissant soutien à Rabat) que d’une réelle volonté de libération.

 

15 juin 2010

Un appel a été transmis à Amnesty International, au Conseil des Droits de l’Homme, à Genève, à la presse nationale et internationale et aux institutions et ONG œuvrant pour une bonne gouvernance au Maroc.

 

Cet appel est intitulé :

« Doit-on faire le procès de la corruption ou le procès de celles et de ceux qui la dénoncent ? »

Comité de soutien au Dr. Labbas Sbai pour une bonne gouvernance de la justice au Maroc.

 

13 juin 2010 : Une injustice tenace !

Quatre ans après, le Procureur du Roi à Zagora lance un mandat d’arrêt contre le Dr. Labbas Sbai qui est arrêté à l’hôtel Azur à Casablanca et transféré à la prison à Ouarzazate, comme un simple criminel. Explication du Procureur à Ouarzazate au Dr. Sbai : Vous n’aviez toujours pas signé la demande de grâce qu’on vous a présentée le 10 mars 2006 (4 ans plutôt !). Signez-là et on clos l’affaire, sinon vous faites le solde en prison tout de suite.

Fidèle à ses principes, le Dr. Labbas Sbai explique calmement au Procureur : « Si je ne l’ai pas signée il y a quatre ans, je ne vais pas le faire maintenant, les raisons de ma dénonciation de la corruption sont toujours actuelles. C’est au Procureur à Zagora de demander des excuses à un innocent et de répondre de ses actes à ses supérieurs. Donc, je maintiens mon refus ». Enfermé aussitôt.

 

Il a raison le Dr. Labbas Sbai de refuser à demander des excuses. Dans ce combat maintenant, il a le soutien de la population, du Droit, et de la Justice pour bonne gouvernance administrative et judicaire au Royaume en s’attaquant de front au fléau de la corruption, notamment celles des magistrats. Ce combat est d’actualité et nous sommes tous derrière le Dr. Labbas Sbai et derrière ceux, nombreux et anonymes, qui souffrent des dérives de ceux qui confondent : servir et se servir au Maroc d’aujourd’hui.

 

 

 

 

L’affaire Azalay: Dépouiller le Dr. Labbas SBAI de ses biens et ses droits

Témoignage d’Ali Sbai, frère du Dr. Labbas SBAI: octobre 2016

Je tiens à donner mon témoignage suite à l’affaire entre mes deux frères Labbas SBAI et Mohamed SBAI, instruite actuellement au Tribunal de Zagora. Ce témoignage repose sur les faits précis suivants :

  1. Au mois de mai 2005, quelques semaines après la disparition de mon père le 13 février, on s’est réuni à l’hôtel Iriqui avec mes frères, Labbas et SBAI et Mohamed SBAI, pour discuter de la situation familiale dans un esprit de recueillement et de sérénité.
  2. Mohamed SBAI nous a exposé le problème d’Azalai et le contentieux qu’il avait avec les espagnols, gérants de l’hôtel Azalai, affirmant les points suivants :
    • : Ses partenaires espagnols vont l’attaquer au tribunal commercial pour violation de contrat de la société Azalai et le propriétaire du terrain
    • : Qu’il souhaite qu’on le soutienne dans cette bataille juridique en se basant sur l’acte notarial du partage du terrain (50-50) entre lui et son frère Labbas SBAI. Je confirme que mes frères m’ont présenté cet acte authentique écrit en arabe et signé par deux Adouls à Tagounite (voir l’acte présenté par l’avocat de Labbas SBAI).
    • Pour donner suite à la volonté de défendre ce bien familial, Mohamed SBAI a signé une procuration à son frère Labbas SBAI conférant à ce dernier l’exclusivité de le représenter administrativement et juridiquement dans cette affaire. Cette procuration a été signée et légalisée à la commune de M’hamid et confirme l’acte notarial dans le point 2.2.
    • : Suite à ça, Mohamed SBAI est venu me voir au courant du mois de juillet, en Suisse, voulant à tout prix coordonner la défense avec son frère et qui était absent de la Suisse durant cette période. Il m’a prié de lui transmettre un chèque de 200’000 DHS pour mener à bien la bataille juridique contre les Espagnols. Soupçonnant qu’il y avait un double jeu de Mohamed SBAI (un avec les Espagnols et un avec son frère), je lui ai dit, je garde ce chèque jusqu’à que tu clarifie les choses avec ton frère et que vous coordonnez la bataille ensemble, car c’est votre terrain et les espagnols doivent se plier à un contrat de location agréé par les deux propriétaires (Labbas et Mahomed SBAI).
    • Quelques semaines plus tard, l’été 2005, Mohamed SBAI m’appelle de l’Espagne me disant qu’il faut suspendre tout en attendant. Sa voix trahissait une certaine nervosité. Il est venu me voir quelques jours plus tard me demandant de lui rendre le chèque. Bizarre !
    • Voulant préserver la famille, je lui ai rendu le chèque et je l’ai prié de trouver une solution avec son frère en insistant sur le fait que les espagnols vont exploiter ce bien, s’enrichir et partir, mais vous : vous êtes condamnés à rester et défendre vos biens et votre région !
    • La suite m’a donné, hélas, raison. En effet, les Espagnols ont proposé un arrangement à Mohamed SBAI au détriment de son frère Labbas SBAI, en lui offrant une somme d’argent importante à une condition que son frère soit éliminé de l’équation. Tout simplement. C’est ça le fond de cette affaire.
    • Pour arriver à leurs fins, les Espagnols ont utilisé les services et la complicité du Procureur de Zagora, Abdel Aziz Lazhari, du Caïd de M’hamid Ali Bouksim et du Gouverneur de Zagora Ali Biognache, avec une mission : neutraliser le Dr. Labbas SBAI.
    • Pour plus d’efficacité, le Procureur Lazhari a arrêté Labbas SBAI le 3 février 2006, pour outrage à magistrats ! La neutralisation a commencé et continue encore.
    • Une fois son frère absent, naviguant entre prison et liberté conditionnelle pour avoir dénoncé la complicité de hauts responsables impliqués dans différents trafics et mauvaise gestion, Mohamed SBAI a finalisé l’accord avec les Espagnols sur de faux documents, en écartant le document valable signé avec son frère et validé par un acte notarial signé par deux Adouls (2.2) et ignorant la procuration (2.3)
    • Janvier 2016, Labbas SBAI qui vient de sortir la tête de l’eau reprend le combat en confiant son dossier à Maître Jabbour, Avocat du Barreau de Marrakech. Une plainte a été déposée auprès du Tribunal de première instance à Zagora
    • La corruption a apparement fait son effet, Mohamed et son avocat ont obtenu un aquittement dans le volet pénal. Le volet civil suit son cours